Pourquoi les travaux de rénovation énergétique peinent-ils encore à séduire les ménages français malgré leurs vertus et les nombreuses aides disponibles ? En réalité, de nombreux freins les empêchent encore de franchir le pas.

Les freins à la rénovation énergétique

Le 14 juin dernier, lors de son allocution télévisée, le président Macron a une nouvelle fois évoqué « un plan de modernisation du pays autour de la rénovation thermique des bâtiments ». Un discours louable, mais qui ne date pas d’hier. En campagne présidentielle, le futur Président de la République annonçait déjà vouloir faire de la rénovation énergétique une « priorité nationale ». Il prévoyait de mettre aux normes chaque année 500.000 logements mal isolés. Le secteur du logement est en effet le plus gros consommateur d’énergie en France (43%) et est responsable de 19% des émissions de gaz à effet de serre sur le territoire. On comprend, dès lors, l’intérêt de répondre le plus rapidement possible à la problématique des passoires thermiques.

Du côté des ménages, depuis quelques années, il y a également une prise de conscience de l’importance de réaliser des travaux de rénovation énergétique. Selon plusieurs enquêtes d’opinion au sujet des Français, 87% des propriétaires envisagent d’investir à cet effet. Pourtant, dans les faits, il y a un réel décalage entre cette volonté commune des ménages et du gouvernement, et le passage à l’action. Mais comment expliquer cette préférence des ménages français pour les travaux d’embellissement (piscines, vérandas, cuisine, aménagement extérieur…) plutôt que pour la rénovation énergétique ?

Le frein financier et le manque d’information

Le premier frein est évidemment d’ordre financier, car ces travaux sont parfois très coûteux. Malgré les nombreuses aides du gouvernement et des fournisseurs d’énergie, le reste à charge reste parfois important.

Le second frein pour les ménages français est le manque d’information concernant les travaux du bâtiment et les différentes technologies existant sur le marché, mais aussi le manque de connaissance des différentes aides disponibles pour limiter le reste à charge. La complexité de ces outils de financement est par ailleurs régulièrement soulevée, tant par les artisans que par les particuliers.

 

Une confiance écornée entre les différents acteurs

On peut aussi pointer du doigt un manque de confiance envers les professionnels de la rénovation énergétique. « Beaucoup de pseudo-entreprises ont abusé des clients en s’engouffrant dans ce marché : il y a eu les “isolations” à 1 € par exemple. Mais petit à petit, les entreprises frauduleuses sont écartées. Une loi pour les sanctionner va passer au Parlement », expliquait Patrick Liébus, président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), il y a quelques jours dans le quotidien La Croix. Un manque de confiance associé aussi à une incertitude par rapport aux résultats (garantie du respect des délais, du minimum de nuisances…). Il apparaît donc important de redorer cette confiance entre les acteurs pour lever ce frein.

Enfin, on peut également citer le manque de données sur le retour sur investissement. Celui-ci est encore un frein majeur à la rénovation énergétique car il est difficilement mesurable. Le particulier sera plus rapidement séduit par sa nouvelle piscine ou véranda que par les bienfaits sur le long terme de l’isolation de ses murs, des travaux peu attractifs et peu visibles.

Vers une obligation de rénover son logement ?

Mais alors, comment inciter réellement les particuliers à faire des travaux de rénovation énergétique ? L’an passé, lors des réunions sur la loi climat, une mesure mise sur la table a rapidement fait débat au sein de l’assemblée : l’obligation de rénover son habitation. « Mais elle a été refusée car impopulaire politiquement et parce que le gouvernement disait préférer une logique incitative en privilégiant les aides aux ménages », explique Jean-Baptiste Lebrun, directeur du Cler-réseau pour la transition énergétique, interrogé par le journal La Croix. Les experts sont pourtant majoritairement d’accord sur les bienfaits que pourraient avoir cette obligation sur le long terme. On pourrait en effet imaginer que l’acheteur d’une habitation soit obligé de réaliser des travaux de rénovation, en étant suivi et en respectant un planning bien précis. Une obligation légale qui accélèrerait considérablement le processus de rénovation énergétique du parc immobilier français. Reste désormais à mettre cela sur papier, et ce n’est pas gagné…